Le changement c’est maintenant !

La crise sanitaire peut-elle nous inspirer à changer ?

Nous voilà cloués chez nous, nos habitudes de sorties et consommation réduites au maximum, pour faire face à la crise. Climatique ? Que nenni !
La crise qu’on attend tous et dans laquelle on est pourtant déjà jusqu’au cou depuis un moment, cette crise invisible pour nous, riches Occidentaux, qui ravage la planète et les hommes aux quatre coins du monde mais semble s’arrêter à nos portes, bref, LA crise de notre siècle, ce n’est pas elle qui nous a fait tout stopper.

Ou plutôt. Est-ce que la crise sanitaire du Covid-19 qui nous accable et qui nous fait – enfin – suspendre le cours de nos activités écocides ne serait pas une manifestation sous-jacente de la crise écologique et climatique ?
Dieu aurait envoyé ses 7 plaies à l’Egypte, la Nature nous envoie le Coronavirus. En commençant par la Chine, premier centre de production mondial. Si ça c’est pas un symbole fort, un bon coup de pied envoyé dans les couilles de notre société macho-capitaliste, je sais pas ce que c’est.

Bon. Visiblement ce confinement me fait tourner seule dans ma tête, mes idées commencent à sentir le renfermé. C’est quoi ce délire biblico-prophétique ? Le Paco-Rabannovirus me guette. Et pourtant.

Il semblerait que je ne sois pas la seule à me dire que 1• la Nature commence sérieusement à nous envoyer des signes forts comme quoi on a quand même un peu trop déconné depuis 150 ans, et 2• on constate que OUI, c’est possible de tout arrêter du jour au lendemain, de modifier radicalement ses habitudes quotidiennes, de se recentrer sur d’autres valeurs.


1• La Nature commence sérieusement à nous envoyer des signes forts comme quoi on a quand même un peu trop déconné depuis 150 ans.

Bref, la fête est finie (dixit Orelsan).

Le texte de Raffaele Morelli, psychiatre et président fondateur de l’Institut de médecine psychosomatique de Riza, court sur les réseaux sociaux comme la maladie d’amour chez Sardou. Un très beau texte (celui de Morelli, pas celui de Sardou, quoique), qui dit notamment :

« Je crois que le cosmos a sa façon de rééquilibrer les choses et ses lois, quand celles-ci viennent à être trop bouleversées. Le moment que nous vivons, plein d’anomalies et de paradoxes, fait réfléchir…
Dans une phase où le changement climatique, causé par les désastres environnementaux, a atteint des niveaux inquiétants. D’abord la Chine, puis tant d’autres pays, sont contraints au blocage ; l’économie s’écroule, mais la pollution diminue de manière considérable.
L’air s’améliore ; on utilise un masque, mais on respire…
[…]
Alors, si nous arrêtons la « chasse aux sorcières », de nous demander à qui la faute et pourquoi tout ça est arrivé, pour nous interroger plutôt sur ce que nous pouvons apprendre, je crois que nous avons tous beaucoup de matière à réflexion et à agir.
Parce qu’avec le cosmos et ses lois, de manière évidente, nous avons une dette excessive.
Il nous le rappelle au prix fort, avec un virus.»

Plus radical, dramatique et littéraire, le Monologue du Virus fait tomber la sentence, le Covid-19 s’adressant à nous à la première personne :

« Je suis venu mettre à l’arrêt la machine dont vous ne trouviez pas le frein d’urgence, […] [car] j’ai dû me rendre à l’évidence : l’humanité ne se pose que les questions qu’elle ne peut plus ne pas se poser. »

Et bim dans nos gueules, pardon, nos poumons.


2• On constate que OUI, c’est possible de tout arrêter du jour au lendemain, de modifier radicalement ses habitudes quotidiennes, de se recentrer sur d’autres valeurs.

Le Nouvel Obs s’interroge d’ailleurs, dans son article du 14 mars de Sébastien Billard :

« Qu’est-ce que cette crise dit de nos sociétés industrialisées ? Pourquoi avons-nous plus peur du coronavirus que du changement climatique ? Cette crise peut-elle être une opportunité pour changer notre modèle de développement ? »

Alors oui, ce n’est pas facile pour tout le monde, humainement parlant pour ceux qui sont touchés par la maladie, et économiquement parlant pour beaucoup d’autres. Je suis bien placée pour t’en parler, je suis travailleuse indépendante et là de suite, je ne sais pas du tout à quoi vont ressembler les prochains mois pour mon activité et mon compte en banque.

Mais cette période est néanmoins la preuve que le changement est possible. Le changement, c’est maintenant, comme dirait l’autre.

Si on arrêtait les ronds de jambe et les toi-d’abord, que nous servent depuis des années les grandes puissances mondiales quand elles affirment qu’un changement radical n’est pas possible et qu’on n’aura rien avant 2040 ou 50 ?

Là, en 5 jours, l’Europe s’est arrêtée. Les USA ou l’Australie n’en sont pas loin.

Thomas Piketty, dans cet article, toujours chez Le Nouvel Obs, qui décidément pose de bonnes questions, souligne bien cette contradiction :

« Il y a quelque chose d’assez étonnant dans la façon dont on décide d’un seul coup d’arrêter toute activité économique, alors qu’il y a encore quelques mois, quand certains disaient : “Mais vous savez, les émissions carbone sont complètement au-delà de tout ce qu’on est censé faire d’après l’accord de Paris”, tout le monde disait : “Ah oui ! Mais l’économie ne supporterait pas de faire quoi que ce soit qui puisse trop baisser les émissions carbone”. »

Emmanuel Macron, dans son allocution du 16 mars, conclue en misant sur l’après et sur les leçons à tirer de tout ça. Ça laisse rêveuse.

Y aura-t-il un avant et un après ? Est-on en train de vivre un moment charnière ?

AVANT, on disait qu’il était impossible de réduire radicalement notre mode de consommation, accros qu’on était au confort superflu et superficiel.
APRÈS, on s’est dit que pendant le confinement, tout ça ne nous avait pas tant manqué que ça.

AVANT, beaucoup d’entreprises disait qu’il était impossible de faire du télétravail.
APRÈS, elles se sont demandées pourquoi elles s’emmerdaient à payer des locaux aussi grands et aussi chers.

AVANT, les gouvernements justifiaient leur inaction par le besoin de ménager les travailleurs qui seraient menacés par toute transition trop brutale (noooon, voyons, ce n’est pas pour ménager les lobbies de tout poil…)
APRÈS, ils se sont dits que si la pilule était passée une fois…

AVANT, on pensait que tout était foutu, qu’il était trop tard pour changer.
APRÈS, on a vu le ciel de Shanghai et les eaux de Venise s’éclaircir, les poissons repeupler les rivières et les sangliers et les oiseaux s’aventurer dans les rues italiennes. On s’est dit que la nature savait reprendre ses droits et remettre de l’ordre dans ce bordel si on lui en laissait l’occasion.

Dans ces moments suspendus, on a envie de croire que ce changement est possible. Mais on sait bien que la vie reprend souvent son cours comme si rien ne s’était passé.

Est-on plus fraternels et solidaires depuis les attentats à Charlie Hebdo et au Bataclan ? Ou l’élan d’amour et de compassion qui a traversé la France est-il retombé comme un soufflé qui passe de la chaleur maternelle du four au froid glacial de la salle à manger dans laquelle il sait qu’il va se faire dévorer ?

Pourtant, j’ai envie d’y croire.

Je me dis que peut-être, on va enfin commencer à avoir peur. Peur des représailles de la planète contre nous. On va enfin se rendre compte que nous aussi, Occidentaux-majoritairement blancs- majoritairement riches-majoritairement mâles, on peut se prendre des grosses claques dans la gueule.

Et que cette peur sera le moteur qu’on attendait tous pour se bouger nos fions-majoritairement blancs-majoritairement gras de la merde industrielle dont on se gave.

Et si le changement, c’était maintenant ?

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4 commentaires

  1. Je veux y croire aussi, c’est quand meme incroyable ce que ce virus a réussi en quelques mois quand ca fait des années qu’on nous dit que c’est absolument impossible d’arréter la machine.
    Et puis ca laisse à beaucoup du temps libre pour repenser nos priorités, et ce qu’on souhaite pour l’aprés.

    1. Oui effectivement, on a la preuve aujourd’hui (même si on le savait déjà) que leurs discours et excuses, c’est du grand n’importe quoi.
      Comme tu le dis, cette période incite à la réflexion, et au changement de nos priorités. D’ailleurs, je suis en train de complètement restructurer le blog, pour lui donner une nouvelle orientation, et je l’espère, une nouvelle utilité. A très vite pour la suite !

  2. Superbe article, cash et sans détour ! Chez nous , malheureusement on entend tous les matins du confinement le souffle assourdissant du trafic sur la route départementale toute proche… comme si le monde et son urgence de consommation se pressaient pour continuer à servir un système déjà trop obsolète… Mais comme tu le dis si bien heureusement les chants d’oiseaux commencent petit à petit à se mêler aux vacarme des moteurs et je l’espère, reprendront bientôt le dessus… Dame Nature nous laisse un espoir en même temps qu’une drôle de leçon… Bravo et merci encore pour tes articles qui balancent tout haut ce que le monde devrait penser moins bas !❤️💕

    1. Hello Mary,

      Merci à toi ! Oui il faut espérer que ce confinement, même si bien sûr il ne changera pas tout d’un coup de baguette magique, nous fera au moins réfléchir, puisqu’on aura vu comment le monde peut rapidement changer si on s’y met vraiment !

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